Capharnaüm : L’autre versant du Liban

Hey les gazelles, j’espère que vous vous portez bien et que tout se passe pour le mieux pour vous.
Hier après-midi, je me suis confortablement installée et j’ai regardé le film Capharnaüm.
Un film que si vous ne l’avez pas vu, vous avez sûrement dû en entendre parler, tant il a fait de bruits et dont les critiques étaient excellentes.
Un film réalisé par la réalisatrice, actrice et scénariste, Nadine Labaki, sorti en octobre 2018 et récompensé par le prix du jury au festival de Cannes de la même année.

Capharnaüm est l’histoire d’un jeune garçon de 12 ans, Zain, qui poursuit ses parents en justice pour lui avoir donné la vie.
[le fait d’attenter un procès à ses parents pour le simple fait de l’avoir mis au monde est quelque chose qui s’est déjà produit, en tout cas dans le droit pénal français.
Aussi ridicule que cela puisse paraître, je peux vous assurer que l’histoire est allée jusqu’à la haute juridiction qu’est la Cour de cassation. ]

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Tout au long du film, l’histoire de ce jeune garçon est retracée pour comprendre le pourquoi du comment de cette poursuite en justice.

On plonge dans un monde de misère et de désordre ! Et encore, le film n’aborde pas l’entièreté des problèmes engendrés par cette misère et ce désordre.
Le film est dramatiquement beau ! La réalisation est superbement bien maîtrisée et réussie !
capharnaum

La force de ce film, outre l’expression brute de la réalité que des millions d’enfants vivent malheureusement, est que ces récits sont portés (et non joués) à l’écran par des individus (et non des acteurs) qui vivent ces réalités, qui connaissent la vie des personnages qu’ils incarnent puisque c’est leur quotidien.

Je pense qu’il n’est pas réellement utile que je m’attarde sur la performance « des acteurs », spécifiquement Zain surtout pour son jeune âge.

Cela fait beaucoup penser au film « slumdog millionaire ». Cette situation des enfants de rues ne s’arrêtent pas aux rues de Beyrouth ou de Mumbai. Elle est présente dans beaucoup plus de pays que vous ne le pensez, et même dans des pays dit « développés ».

D’ailleurs, j’en profite pour parler d’une association qui agit pour les enfants des rues, « Bani Street » dont le fondateur n’est d’autre que Moussa Ibn Yacoub.
Je vous invite à faire un tour sur leur site pour voir ce qu’ils font (cliquer sur bani street pour y accéder). Ils agissent en France et à l’étranger.

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Il y a plusieurs thèmes, problématiques qui sont soulevés par le film, et c’est ce qui a donné le titre « Capharnaüm » au film d’ailleurs. Qu’est-ce qu’un capharnaüm ?
C’est un lieu qui referme beaucoup d’objets en désordre (définition Larousse).
Tout au long du film, on ressent ce côté « désordre ». C’est le « bordel » partout ! Et le but est justement de mettre en avant cela, pour souligner l’ampleur de ces problématiques.

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L’une des problématiques soulevées est celle de l’accueil des réfugiés. Pour vous donner une idée, pour réaliser l’ampleur de la réalité, je vous donne quelques chiffres . Les 10 pays accueillant le plus de personnes réfugiés :
Turquie = plus de 3,2 millions
Jordanie = plus de 2,8 millions
Liban = plus de 1, 4 millions
Pakistan = 1,4 millions
Ouganda = plus de 1,2 millions
Iran = 978 700
Allemagne = 864 700
Ethiopie = 841 300
Soudan = 538 800
RDC = 533 700
Ce qui fait que 84 % des réfugiés sont accueillis par des pays en développement, et non par des pays développés.
Concentrons nous un peu plus sur le pays qui nous intéresse, le Liban.
Pour 1 000 habs le Liban accueille 165 réfugiés. C’est le pays qui accueille le plus grand nombre de réfugiés. Cela est dû notamment à sa proximité géographique des zones touchées par la guerre (1 millions de réfugiés syriens, centaines de millions de réfugiés palestiniens présents de longues dates et plus de 20 000 réfugiés originaires d’autres pays). (Chiffres Amnesty de 2017)

Le Liban n’a absolument pas du tout la capacité d’accueillir tout ce monde sur son sol. Il n’y a ni l’argent, ni les infrastructures !
Pourtant, les faits sont là, et malheureusement les réfugiés se retrouvent à vivre dans de très mauvaises conditions.

Les relations entre les populations locales libanaises et les réfugiés ne sont pas du tout bonnes. Je vous invite à regarder le film « L’insulte », si ça peut vous éclairer un peu plus sur le contexte et les relations entre libanais et réfugiés palestiniens, par exemple.
Il y a également la trilogie « Insh’Allah » de Gilbert Sinoué qui est très intéressante à ce sujet, bien que cette question soit plus abordée dans le tome 2 et le tome 3, elle peut permettre de mieux comprendre le contexte politico-socio-économique et géopolitique de la région.
Je vous conseille également un autre film qui peut vous permettre de comprendre un peu plus l’historique du Liban, « Incendies ».
Le Liban a connu une guerre civile (1975-90) terrible qui a marqué les esprits et cristallisé énormément de problèmes. Beyrouth a fait parti des quelques capitales divisées en deux.

La crise économique (concentration des richesses et corruption) et la crise politique (concentration du pouvoir, oligarchie) ont poussé les gens à descendre dans les rues à la fin de l’année 2019. Je vous mets une vidéo en lien du journal LeMonde qui explique comment se fait le partage du pouvoir au Liban :
Liban : pourquoi le partage religieux du pouvoir pose problème

Vous pouvez checker sur la chaîne YouTube d’Arte ou encore celle de Brut, il y a des reportages qui expliquent le soulèvement du peuple libanais. En voici un d’Arte :
Liban : le peuple demande des comptes.

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Un problème dans les problèmes, c’est les enfants non enregistrés à l’état-civil. Selon les études effectuées, il semblerait qu’il y ait 60 000 enfants non-enregistrés à l’état-civil, comme Zain dans le film (mais ce n’est qu’un chiffre approximatif. En réalité, il y en a beaucoup plus). Et dans 99% des cas ils ne connaissent pas leur date de naissance.

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Parmi les autres problématiques abordées dans le film, il y a le mariage des jeunes filles mineures. J’ai retrouvé un reportage de France24 que j’avais regardé. Il débute à 7min48 : Liban : la lutte contre les mariages précoces
Je ne vais malheureusement pas pouvoir développer là-dessus, sinon ce serait beaucoup trop long.
Il y a également la problématique des travailleurs étrangers, comme Rahil dans le film incarnée par Yordanos Shifera. Une jeune éthiopienne venue au Liban travailler au sein d’une famille afin d’avoir un meilleur avenir, mais la réalité est tout autre.

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Nous aurons probablement l’occasion de ré-aborder ces questions dans un autre post ou sur instagram.

Je précise avant de vous quitter que ce film est dure, donc âmes sensibles s’abstenir ! Prenez en compte votre sensibilité lorsque vous visionnez quelque chose, c’est important.

J’espère que ce post vous a plu, n’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé et ce que vous avez pensé du film, si vous l’avez regardé.
Je vous retrouve prochainement sur le blog ou sur instagram, prenez soin de vous, restez chez vous et souriez ❤ !

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